En 1836, la forge de Dampierre-sur-Blévy, d'aprés Doublet de Boisthibault "était le plus bel établissement que le département puisse citer" .

 

Plan des forges en 1834.

 

 

 

plan des forges actuel.

 

Aux cours des âges, deux révolutions se produisent dans le domaine de la sidérurgie. L'une est antérieure à l'époque qui nous concerne. De l'antiquité jusqu'au milieu du XVème siècle, les forges s'implantaient sur le minerai de fer qui se trouve un peu partout. Le fer était directement produit dans des bas-fourneaux qu'on appelait forges à bras de façon totalement artisanale.

L'autre révolution se produit au XVème siècle grâce au progrés technique qui permit d'obtenir le fer de façon indirecte en passant par la fonte. Pour fondre le minerai, il a fallu la force d'un cours d'eau sur lequel on s'est alors implanté comme à Dampierre parce que la forêt n'était pas loin pour les besoins en charbon de bois alimentant le feu . Ces exigences en bois de l'industrie du fer ont contribué à la modification de la forêt française où le taillis se substitue peu à peu à la futaie.

La situation de la forêt devenait préoccupante lorsque les Anglais, à la fin XVIIIème siècle, trouvent les moyens techniques de transformer en coke , la houille qui, telle quelle, n'était pas utilisable. C'est la seconde révolution; on aura compris que la première avait fait passer la fabrication du fer à un stade industriel.

Cette seconde révolution va avoir comme conséquence la concentration progressive de l'industrie du fer sur la houille (charbon de terre) qui va se substituer au charbon de bois. A la même époque, les Anglais avaient mis au point la machine à vapeur supprimant le besoin de la force hydraulique.

En résumé, de l'implantation sur le minerai (avant le XVème siècle), on est passé sur les cours d'eau (du XVème au XIXème siécle) puis sur la houille.

 

les forges et leurs voies d'eau

Si les divers baux successifs nous proposent régulièrement une description rapide de l'agencement des bâtiments constituant la forge (ou usine à fer) de Dampierre-sur-Blévy, l'adjudication de 1791 et surtout le descriptif de 1834 dressé par le Sieur Goupil et accompagné d'un plan trés précis, nous apportent de nombreux renseignements complémentaires quant à leur emplacement et leur fonctionnement mécanique.

A l'origine, le plan a été établi selon un modèle type qui apparait dés le début du XVIIème siècle.

En contrebas d'une chaussée (orientée Nord-Sud) élevée pour bénéficier de chutes d'eau suffisament puissantes, les bâtiments de fabrication sont édifiés perpendiculairement à cette dernière et parallèlement aux coursiers. La chaussée forme un barrage dans lequel ont été installés plusieurs déversoirs qui alimentent les coursiers (le plus souvent rectilignes) qui se réunissent en aval dans un canal de fuite. Ce dernier rejoint le bras principal du cours d'eau.

 

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traces de deux déversoirs à l'arrière de la chaussée.

Ce système de barrage et de déversoir doit assurer une chute d'eau suffisante pour mouvoir la roue .

A Dampierre, il y avait six roues.

 

chaussée ou digue

La roue à augets reçoit l'eau par en-dessus et fait actionner, théoriquement, les machines lourdes telles que les martinets de la forge ou les cylindres de fenderie, ces derniers à Dampierre, étaient actionnés par des roues à pales plates. La roue à pales plates recevant l'eau par en-dessous met en mouvement les soufflets. L'énergie transmise est d'une force moindre. La première est postérieure à la seconde et impose un réhaussement de la chaussée.

La source, surgissant au sein même du bassin de retenue, avec un débit permanent de 500 litres par seconde fut à l'origine du choix de ce site car elle permettait de travailler toute l'année; la plupart des autres Forges devaient cesser leur activité pendant quatre à six mois de l'année, pendant les saisons sèches.

 

La production de la fonte et du fer est assurée par les hauts-fourneaux et deux ateliers, la forge d'affinerie et la fenderie.

haut-fourneau double

Outre les ateliers de fabrication, un certain nombre d'édifices ont été construits autour. Ils se répartissent en trois catégories :

-- les bâtiments liés au stockage : les halles à charbon et à fer .

 

halle à charbon

-- les bâtiments annexes : granges, étables, pressoirs, fournils ...

-- les bâtiments d'habitation pour le maître de forges, le commis, les ouvriers (fondeurs, affineurs, marteleurs, fendeurs ...).

Cet ensemble de bâtiments se regroupait autour des trois ateliers de fabrication.

Aujourd'hui à Dampierre, à côté de la masse du haut-fourneau, se trouve la halle à charbon qui lui est parallèle. Initialement longue de 36 m, elle a vu sa superficie fortement se réduire (plus de la moitié) à une époque postérieure (début du XXème siècle). Adossé à la chaussée, le pignon occidental était percé dans sa partie haute d'une baie dont on distingue encore des traces à l'intérieur.

trace de la baie

C'est vraisemblablement par cette ouverture qu'on stockait le charbon de bois utile au fonctionnement du haut-fourneau. Bien que trés reprise dans son architecture (angles rampants du pignon, charpente) cette halle présente encore une maçonnerie de moëllons de grisons et scories d'origine

Le plan de 1834 nous indique également l'emplacement des logements des ouvriers travaillant sur le site même, démolis au début du XXème siècle.

Le haut-fourneau constitue le centre vital de l'activité d'une forge. Construit en élévation, il était chargé à bout de bras, par l'intermédiaire d'une échelle ou avec des brouettes poussées sur une passerelle. La terrasse ou plate-forme du fourneau, généralement abritée d'un appentis ou bédière (pas à Dampierre) était ceinturée de murets ou batailles. Au centre se situe une bune, sorte de cheminée ouverte sur un côté pour atteindre le gueulard (trou) et y verser en alternance le combustible sous forme de charbon de bois, le minerai débarassé préalablement de tous les résidus terreux dans un bassin de décantation établi sur le cours d'eau, et la castine ou fondant qui facilite la fusion.

Les hauts-fourneaux avec les halles à soufflet.

A l'intérieur du four, la matière chauffée dans la partie supérieure commençait à fondre quand elle atteignait la partie médiane dite étalage.

 

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les cuves en forme tronconique, on peut voir encore les niveaux de chauffe et de l'étalage.

La partie inférieure du fourneau dite ouvrage présente un profil inverse en forme d'entonnoir. La réduction du minerai s'opérait à ce niveau. La fonte qui s'accumulait avant de tomber dans le creuset où le degré de température était le plus élevé. L'ouvrage était régulièrement reconstruit. Cela explique d'ailleurs que la plupart du temps, ils n'existe plus . A ce niveau inférieur, deux embrasures, dont les directions forment entre elles un angle droit, sont aménagées pour assurer la soufflerie d'une part, et l'évacuation de la coulée de fonte d'autre part. A Dampierre, les ouvrages ont été remblayés sur 1,50 m environ au début du XXème siècle .

Afin d'éviter tout danger d'éboulement, les ouvertures étaient renforcées systématiquement par un ou plusieurs lintaux de fonte dits marâtres . Ces embrasures sont ouvertes vers l'extérieur du fourneau et mises à l'abri dans des pièces accolées à la masse et appelées halles des soufflets et halle de coulée.

Halle à soufflet .

 

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embrasures des deux halles à soufflet fermées par une maçonnerie.

Le vent doit être soufflé à mi-hauteur du creuset. Une brèche dans le fond de l'embrasure laisse le passage de la tuyère. L'embrasure de la coulée est totalement obstruée dans le fond lors de la fusion. Deux trous sont réservés et débouchés en temps voulu. Le premier au même niveau que celui de la tuyère sert à l'écoulement du laitier; le second ou dame à la base du creuset est utilisé pour l'éjection de la coulée de fonte .

Les deux parois, opposées à ces embrasures qui découpent dans la partie basse de la maçonnerie un pilier dit de coeur, sont appelées le contrevent (face à la tuyère) et la rustine (face aux trous de coulée).

Dans les parois extérieures du fourneau, sont aménagés des évents (trous dans la maçonnerie) pour permettre l'évacuation de l'humidité dégagée par la maçonnerie chauffée, appelés, dans l'Encyclopédie "canaux expiratoires".

 

Paroi extérieur des fourneaux où l'on peut voir les évents.

Le site de la forge d'affinerie, ou affinerie, ou finerie. Aprés avoir transformé le minerai en fonte, il faut épurer cette matière pour obtenir du fer, la fonte demeurant encore un métal qui contient 2% à 5% d'impuretés essentiellement du carbone.

Généralement sous le même toit y était associés :

-- deux foyers d'affinerie; la coulée de fer s'appelle alors renard .

-- un foyer de chaufferie utile au réchauffement des pièces affinées avant le martelage .

-- un marteau ou martinet sous lequel s'opérait le cinglage destiné à évacuer les scories .

martinet visible aux Forges de BUFFON

Le site de la fenderie (ancêtre du laminoir), est un atelier de fabrication qui apparait en Normandie au début du XVIIème siècle. Sa structure est assez proche de celle du laminoir, qui n'apparaitra qu'au début du XIXème siècle. On y réduisait la section des barres de fer aprés les avoirs chauffé dans les fours à réverbère horizontaux et applatis pour en faire des verges mises en bottes.

 

 

Fours à réverbère horizontaux.

La fenderie se trouvait entre le haut-fourneau et la forge.

Les Forges de Dampierre-sur-Blévy seront classées Monument Historique en 1994.

La maison du Maître de Forges avait été inscrite, en 1993, à l'Inventaire des Monuments Historiques.

 

Maison du Maître de Forges.

Trois périodes de construction semblent avoir prévalu. A l'origine, en 1670, il n'existait qu'un bâtiment perpendiculaire à la chaussée, élevé sur deux niveaux séparés par un bandeau horizontal de briques. Sur la façade Sud de ce premier édifice, a été rapidement accolé un second bâtiment avec une élévation totalement différente. En 1756, a été construite une aile en retour d'équerre, parallèle à la chaussée, qui domine l'étang. Vers 1930, la partie orientale des deux premières constructions fut surélevée. A l'intérieur de l'aile en retour, deux pièces sont intéressantes à visiter: l'une, présentant quatre peintures murales, l'autre tapissée de broderies dont les sujets ont trait à l'activité autour des forges.

 

la procession de Saint-Eloi

 

 

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